Les cerfs-volants de Kaboul - Khaled Hosseini

Publié le par Caro

Les-cerfs-volants-de-Kaboul.jpg« L’été dernier, mon ami Rahim khan m’a téléphoné du Pakistan pour me demander de venir le voir. Le combiné collé à l’oreille, dans la cuisine, j’ai compris que je n’avais pas affaire seulement à lui. Mes fautes inexpiées se rappelaient à moi, elles aussi. Après avoir raccroché, je suis allé marcher au bord du lac Spreckels, à la limite nord du Golden Gate Park. Le soleil du début d’après-midi faisait miroiter des reflets dans l’eau où voguaient des douzaines de bateaux miniatures poussés par un petit vent vif. Levant la tête, j’ai aperçu deux cerfs-volants rouges dotés d’une longue queue bleue qui volaient haut dans le ciel. Bien au-dessus des arbres et des moulins à vent, à l’extrémité ouest du parc, ils dansaient et flottaient côte à côte, semblables à deux yeux rivés sur San Francisco, la ville où je me sens maintenant chez moi. Soudain, la voix d’Hassan a résonné en moi : Pour vous, un millier de fois, me chuchotait-elle. Hassan, l’enfant aux cerfs-volants affligé d’un bec-de-lièvre.

Je me suis assis sur un banc, près d’un saule, pour réfléchir aux paroles que Rahim khan avait prononcées juste avant de raccrocher, un peu comme une idée qui lui serait venue sur le moment. Il existe un moyen de te racheter. J’ai contemplé les cerfs-volants jumeaux. J’ai pensé à Hassan. A Baba. A Ali. A Kaboul. J’ai pensé à la vie que j’avais menée jusqu’à ce que l’hiver 1975 vienne tout bouleverser. Et fasse de moi ce que je suis aujourd’hui. »

 

Avec Les Cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini signe une première œuvre toute en tension et en émotion. Ce natif d’Afghanistan, vivant aux Etats-Unis, nous fait découvrir ce pays avec des sentiments simples et purs.

 

Ce roman est basé sur une lâcheté, la lâcheté d’un petit garçon jaloux. Dans les années 1970, Amir vit avec son père, riche commerçant, à Kaboul. Sa mère est morte des années plus tôt et son quotidien se résume à la compagnie du petit serviteur Hassan. Hassan est un Hazara, ethnie méprisée. Ce petit garçon, peu gâté par la vie, infligé d’un bec-de-lièvre disgracieux, illettré, est pourtant un compagnon fidèle à Amir. Loyal, il est toujours là pour le défendre. Bon, il pense toujours à Amir, qu’il regarde comme un maître et comme un héros. Drôle de relation que mènent ces deux gamins, Amir et Hassan… Relation de maître à serviteur ? relation d’amis ? relation de frères ?

 

Mais ils jouent ensemble et leur complicité atteint son sommet lorsqu’est organisé à Kaboul le grand concours de cerfs-volants qui fait la fierté des Afghans. Amir et Hassan préparent ce concours avec fièvre car Amir a la ferme volonté de montrer à son père qu’il peut gagner : il désire tant lire de la fierté dans le regard de ce père parfois dur, parfois distant. Pari gagné pour la petite équipe ! Mais le concours de cerfs-volants signe aussi un grand tournant dans l’histoire de ces deux gosses. Un drame mais aussi une lâcheté, une lâcheté qui devient si insupportable qu’Amir ne peut plus, désormais supporter la présence d’Hassan. Hassan doit partir, quitte à commettre le pire…

 

Des années plus tard, la vie a bien changé. Eté 2001, aux Etats-Unis où il a migré, Hassan reçoit un coup de téléphone. L’appel vient du Pakistan, il s’agit de Rahim, ce proche d’Hassan pendant toutes ces années passées en Afghanistan.  Mais l’Afghanistan a bien changé. L’horreur des Talibans mène désormais le pays. Il s’agit aussi d’Hassan et pour Amir, il est temps de réparer un passé qui ne cesse de le hanter. C’est alors une plongée au cœur de l’Afghanistan des Talibans mais aussi au cœur des sentiments les plus purs, quand l’amour veut surmonter la culpabilité.

 

Je ne peux évidemment pas en dire plus car la force du roman est de découvrir pas à pas cette histoire de lâcheté et cette rédemption. A chaque page, le récit est de plus en plus tendu et les sentiments de plus en plus forts. C’est avant tout une histoire de l’amitié et des sentiments parfois si contrastés que l’on peut ressentir pour un ami. C’est aussi l’histoire d’un pays meurtri, que le monde a découvert après le 11 septembre 2001.

 

Ce livre est très fort. Les personnages ont une vraie saveur qui leur donne vie. J’ai particulièrement aimé Hassan, si touchant. J’aimé Amir autant que je l’ai parfois détesté. C’est cette complexité des sentiments qui est la grande force du livre. Et au-delà, c’est cet amour qui se dégage de la lecture de ces pages. Il s’agit d’un livre que je ne suis pas prête d’oublier.

 

Enfin, le cadre géographique du roman est aussi sa grande force. Nous ne connaissons souvent l’Afghanistan que par le prisme des informations : bombes, attentats… Mais ici, c’est toute l’histoire d’un pays au cours de ces cinquante dernières années qui est la trame du récit. Et au-delà de la simple lucarne télévisuelle, en plongeant au cœur de ces personnages, on découvre un pays qui ne peut se résumer au terrorisme et au chaos de la guerre.

 

C’est donc un livre que j’ai adoré et que je conseille à tous.

Publié dans Mes coups de coeur

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Commenter cet article

Luna 23/11/2011 11:27

Une histoire comme celles que j'aimerais croiser plus souvent le chemin...

Terrible mais magnifique et super bien écrite :)

Ça ne sera certainement pas mon dernier Hosseini !

V. belecteur 21/03/2011 14:46


J'ai beaucoup aimé Les cerfs-volants de Kaboul. L'histoire est dure mais bien décrite.
Ce livre fait aussi un peu écho à ce qu'il se passe aujourd'hui et nous aide à comprendre l'histoire et la culture afghanes.


la librivore 02/05/2010 23:28


J'ai adoré ce livre moi aussi. J'ai mis un lien vers ton article sur mon blog si cela ne te dérange pas. Il y a eu un film également mais je ne l'ai pas vu.


Caro 03/05/2010 18:27



Cela ne me dérange pas. En plus, cela me permettra de lire ton billet. Le livre est vraiment sublime. Le film m'a déçue. C'est un très beau film, certes, mais quand on a lu le livre, il est
difficile d'en apprécier l'adaptation. Les émotions semblent plus fades, les acteurs ne sont pas forcément ceux que l'on a imaginés. 



Pickwick 10/03/2010 00:12


A force de voir ce livre partout j'ai fini par passer mon chemin... à tort semble-t-il ! Je vais me décider à le mettre sur ma LAL !