L'infortunée - Wesley Stace

Publié le par Caro

L'infortunée« Je ne me souviens pas d’avoir jamais éprouvé à l’époque cette sensation qui devait si souvent m’habiter par la suite, ce vide à l’instant de m’éveiller, cette peur devant la journée à venir, cette impression d’étrangeté, comme si j’étais une vivante imposture. »

 

Quelle couverture intrigante, que celle de ce roman ! Une photographie colorée en vieux rose et dessus, une personne au regard profond mais qui suscite bien des questions… Homme ? Femme ?

 Cette question est précisément le fil conducteur du roman. A Londres en 1823, un bébé est jeté sur une décharge, condamné à être dévoré par les chiens errants. Une courte vie pour ce petit être que la société rejette. Mais c’est sans compter sur le destin… Non loin de la décharge, c’est un homme brisé qui passe en voiture. Cet homme, c’est Geoffrey Loveall, jeune Lord du comté, qui, depuis des années, porte une grande douleur : la mort précoce de sa sœur Dolores. Or, Lord Loveall va recueillir ce bébé, dont il va faire son héritier. Une petite fille qui lui permettra de voir revivre sa Dolores perdue au sein du château. Une petite fille à laquelle il donnera tout son amour, petite reine du château que le personnel regarde grandir avec attendrissement. Une petite fille qu’il baptise Rose, promise à un avenir radieux…

 Sauf que cette petite Rose est en fait un garçon… Cette réalité, Geoffrey n’avait pu l’envisager, lui qui voulait tant voir revivre Dolores. Et pendant de nombreuses années, toute la maison vit au rythme de ce mensonge. Rose est une fille, elle n’en doute pas. Et pourtant, à mesure qu’elle grandit, la réalité s’impose à elle : son corps ne suit pas les mêmes transformations que celui de ses petites amies.

 Ce roman est celui d’une découverte, celle d’un sexe, d’un genre. Qui est Rose ? Est-elle malgré tout une fille, ce que son éducation lui a toujours enseigné ? Est-elle un garçon parce que son corps devient celui d’un homme ? C’est la (re)découverte d’une identité que Rose va devoir apprivoiser. Et ce sont ces deux identités que Rose va porter en elle tout au long de sa vie.

 J’ai vraiment apprécié ce roman. Wesley Stace balaie d’un revers de la main tous les stéréotypes sur l’identité mais aussi sur la sexualité et l’homosexualité. Balançant entre le tragique et l’ironie, il nous emmène au cœur des interrogations de Rose. Un lien très fort se tisse entre Rose et le lecteur. On devient son confident et donc on a du mal à lâcher le livre. Il y a aussi du « bizarre » dans ce roman… Les personnages et leurs noms, cette mystérieuse bibliothèque, l’arbre du jardin…  Pas de doute, ce livre tient du conte. Un premier roman très réussi pour Wesley Stace.

Publié dans Mes coups de coeur

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